L’exil, expérience violente de l’arrachement à l’origine, est l’un des thèmes récurrents de la création littéraire et artistique. L’exil - du latin ex(s)ilium, exile en anglais, exil en allemand, esilio en italien, exilio en portugais et en espagnol- renvoie toujours à un ailleurs perdu mais sans cesse évoqué. C’est le travail de la mémoire qui cultive les traces de l’exil. Mais qu’est cet exil aujourd’hui ? Cet exil qui fut un châtiment corporel ou moral ou les deux persiste-t-il encore dans la terminologie de ce mot ou a-t-il aussi subi une quelconque évolution ?
C’est l’esprit de l’exil que nous retrouverons dans cette exposition où se créée cette rencontre qui nous est si chère de plasticiens originaires d’horizons différents - Haïti, Cuba, Guadeloupe et République Dominicaine.
Cet exil qui est comme le passage permettant de visiter un autre pan de notre moi. Un moi confronté à la pluralité des univers sillonnés, l’Autre et soi-même. Interroger les différentes attitudes du moi exilé est ce que cette exposition tente d’écrire.
La reconquête de la liberté à travers l’exil permet d’ouvrir le regard à la variété des mondes- c’est peut-être de cela que de nos jours l’exil puise sa force. Dépasser l’exil traumatique et aller au-delà du cercle communautaire pour palper sa part d’universel.
Quand Julio Cortazar parle de l’exil, il pose la question de la posture du moi exilé : Et « Si les exilés décidaient à leur tour de considérer comme positif leur exil ? » S’ils choisissaient de vivre leur exil comme un exil culturel. Ce serait selon Cortazar « rompre avec le répertoire habituel de la terminologie de l’exil et procéder à un retour sur nous-mêmes, où chacun se voit de nouveau, se voit nouveau… Tout écrivain honnête admettra que le déracinement mène à cette révision de soi-même… Il ne s’agit plus d’apprendre de l’Europe, mais de nous pencher sur nous-mêmes…continue t-il. »
Désapprendre à tenir compte du passé ou plutôt garder la notion de nostalgie de ce passé en renouant avec le pays d’origine à travers la mémoire ou en tout cas ce que cette mémoire a perçue, retenue secrètement car finalement nos origines ne nous accompagnent-elles pas toujours ?
Dans L’ignorance Milan Kundera explore le mal-être de l’exilé, la quête impossible de son identité jusqu’au déracinement, à cette difficulté douloureuse de renouer avec son pays d’origine. Quand la mémoire est trop meurtrie, elle oppose ou lieu de rapprocher ou d’ingérer.
V.S. Naipaul, lui aussi, dans La moitié d’une vie parcourt inlassablement le thème de l’identité et de l’exil. Ce sentiment d’être à mi-chemin constamment. L’acte d’écriture de V.S. Naipaul est un acte de reconstruction, écrire et témoigner pour ceux qui sont restés au pays, les faire vivre en même temps dans le présent, c’est ainsi qu’il résiste au sentiment de l’éloignement, à l’absence.
La poétique de l’exil existe et après tout « il y a un seul monde et je vis toujours en exil » (Karl Müller).
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